mercredi 21 mars 2007

Insomnie?


5H00 du matin.

J’ai tournoyé dans mon lit depuis minuit. Je me suis levée à 3H pour boire une tisane ; pour me calmer. Rien. Le sommeil ne vient pas… Tant qu’à faire, il vaudrait mieux profiter de cette insomnie pour s’activer.

J’ouvre un livre de comptabilité analytique. Je parcours le chapitre que j’ai à faire. Mes méthodes de travail sont assez curieuses : mes fiches sont toujours de gigantesques feuilles où j’inscris des schémas de toutes les couleurs. Pour cela, il faut du temps (du temps j’en ai là !) et beaucoup de concentration puisqu’il s’agit de bien voir où on est, d’où on vient et là où on va. Là, ça se corse ! J’ai beaucoup de mal à me plonger dans l’histoire.

Ma tête bourdonne de choses : mon année que je vais sans doute rater, mes parents à l’autre bout de la rive qui s’inquiètent, mes insomnies, mon absence mentale… beaucoup de choses…

4H30, je n’en peux plus. Je m’allonge sur mon lit sous quelques airs de Ben Harper “one more than sorry can I give… Too many people say goodbye before they say hello… One more than sorry can I feel…”

Ma tête ne s’arrête toujours pas. Je n’arrête pas de penser. J’aimerais tellement la mettre en veille pour une fois… Des somnifères ? Surtout pas ! Remplacer un mal par un autre ne m’intéresse pas !

Il est 05H15, je regarde l’écran de mon ordinateur. Je me dis qu’écrire me permettrait de vider le sac, me fatiguer pour dormir… Le seul souci est que j’ai cours à 8H00. J’ai une réunion à 14H30, comment vais-je m’y prendre pour suivre ?? Je me sens fatiguée…

Je regarde par la fenêtre, le ciel est brumeux ; il paraît qu’il fera très froid ce matin, pourtant, c’est le printemps… Un homme passe poussant une sorte de grosse boîte sur un chariot. Je pensais, au départ, qu’il s’agissait du monsieur qui fait tourner sa boîte à musique chaque jour à quelques pas de chez moi, mais c’est une autre personne… Je me demande ce qu’il peut bien transporter…

Maintenant que j’y pense, c’est le printemps aujourd’hui ! Pour déculpabiliser, pour oublier, je dirai que mon insomnie est ma façon de souhaiter la bienvenue à ma saison préférée !

Je vagabonde dans les ruelles de mes pensées, assise devant cette fenêtre qui me permet de surprendre le monde encore endormi. C’est beau de sentir le silence, les premières lueurs du matin, le soleil se lever, les lumières des maisons s’allumer.

La lumière de mon studio s’éteint, je suis fatiguée, je veux dormir… Je veux bien réessayer…

Bonne nuit à tous.

lundi 5 mars 2007

ELLE est venue vous dire…




Il est 01H22, je suis devant l’écran de mon ordinateur.
En « vacances » à Nice, je me sens étouffée, fatiguée. L’air de la mer peut être ? C’est bien vrai, à un détail prêt : il s’agit de l’air de la « mère » !! Comment en vouloir à une personne qui ne peut que subir le mal de son enfant ? Comment en vouloir à une mère qui souffre au point de refuser en bloque ce qu’endure son enfant ? Comment ne pas se sentir coupable de son propre mal ?!
Du coup, à force de ruminer des idées pareilles, on se sent très fatigué. On a juste envie de se « déconnecter » le plus possible de la réalité, de dormir enfin…

Ma mère s’inquiète et me charrie à chaque fois où je baisse les bras comme maintenant. Moi, je ne peux me sentir que plus paralysée…

Cet après midi, je l’ai reçu… Enfin, c’est ma mère qui l’a reçue puisqu’il lui était destiné : ce fameux livre « ELLE est venue vous dire… Ecoutez là ! ». C’est une femme portant en elle la même souffrance depuis des années qui l’a écrit. Elle parle de ce mal que personne ne comprend. J’ai été très heureuse de voir que ma mère l’a reçu avant de repartir au Maroc (en passant, je vous remercie infiniment Dominique !).
« Je le lirai, le relirai et le re relirai » m’a-t-elle dit…

Moi, je me suis jetée dessus pour lire… la dernière page, comme dans mon habitude ! Je n’aime pas les suspenses !

Là, je m’arrête un instant… Comment décrire l’indescriptible ?

En fait, j’ai été frappée, touchée, chamboulée. Pourtant, je n’en avais lu que les trois derniers chapitres…
D’abords, parce que le roman ne faisait qu’une soixantaine de pages. Trop peu pour décrire un tel mal, me diriez vous ? Moi, je dirai que c’est juste ce qu’il faut pour ne pas saouler le lecteur… Sérieux, imaginez 300 pages de plaintes…
Autre « petit » détail frappant : le style. On croirait un enfant qui aurait pris, de ses petites mains, son stylo pour décrire ce qu’il lui arrivait avec une pointe d’ironie (les situations n’avaient rien de « comique » comme l’expliquait le résumé au dos. En tout cas, c’est mon avis…)

A ce moment là, ma mère interrompit ma lecture « à l’envers » pour me réprimander, ce qu’elle fait depuis quelque temps déjà en voyant ma fatigue chronique et mon « laisser aller » côté études : « Tu as dormi toute la journée et maintenant, tu es entrain de bouquiner. Travaille au moins tes cours ! » Je refermai, alors, ce qu’ « ELLE est venue vous dire » pour me recroqueviller une heure dans mon coin sans dire mot avant de descendre téléphoner à ma meilleure amie. Au moins, elle, elle ne me dit jamais d’aller réviser alors que je n’en ai pas la tête… Mais bon, il ne faut pas en vouloir à une mère ; on est sa chaire et son sang, elle ne peut vouloir que le bien de son enfant…

L’appel dura plus de deux heures. Deux heures où j’ai arpenté les rues de Nice pour me retrouver au port. C’était beau de voir les reflets des lampes sur la surface de l’eau, surtout quand on n’est pas sorti depuis quatre jours… J’étais en larmes à ce moment là et je ne savais plus où donner de la tête ! Dur, dur d’être malade et de ne rien avoir pour s’accrocher.
Après notre discussion, ma meilleure amie a fini par perdre le chemin de retour chez elle, puisque de son côté, également, elle marchait au fin fond de Paris… Ses mots me réconfortèrent assez pour rentrer à la maison et peut être dormir.

De retour, je retrouvai ma mère folle de rage et d’inquiétude car j’avais disparu de 21H30 jusqu’à minuit et avec tous ces clochards qui rodent dans la rue… ah, maman ! Si tu savais que je donnais à manger à ces « clochards » les Dimanches jusqu’à 23H…
Elle se coucha, ensuite. Je pense qu’elle est très triste… Un mélange, en fait, entre de la colère, de la tristesse et beaucoup de culpabilité. Que puis je y faire ? RIEN !
Je vois qu’elle a ouvert ce qu’ « ELLE est venue vous dire », elle en est à la moitié du livre… Je décide, alors, de l’ouvrir moi aussi. Du début, cette fois…

Je plonge…

Un univers à la fois enfantin, baigné dans l’innocence des jours où « on ne comprenait pas les choses ». C’était bien le cas pour ELLE qui ne comprenait rien à ce qui lui arrivait avec cette maladie. ELLE voyait « des savants » qui parlaient une autre langue, comme on voyait les grands parler le « langage des grands » quand on était trop petit pour saisir… Puis, il y avait ceux qui l’entouraient : ceux qui l’aimaient. Et ceux qui croyaient l’aimer ; eux, ceux qui ne comprendront jamais et qu’on préférerait ignorer.
Il y avait son mari, aussi… Je préfère me dire que c’est une espèce en voie d’extinction plutôt que de constater que cette catégorie s’est réellement éteinte ! Et oui ! Les garçons de ma génération sont loin d’être les hommes les plus galants qui soit dans l’univers du « chacun pour soi »…

Tout ceci tournait autour d’ELLE, SA façon de l’appréhender, SA façon de le vivre. Ce mal, constamment présent au point qu’on se croirait parano ou trop « douillet », pour reprendre ce qu’ « ELLE est venue vous dire ».

ELLE a conté son mal comme on raconterait une histoire pour enfant : le plus simplement du monde. Et pourtant…

Je ferme ce livre. Je m’enfonce dans mon fauteuil et pense à ELLE. En fait, c’est un peu à moi que je pense quand je médite sur SON parcours. ELLE est un exemple pour moi qui n’ai que vingt ans.

Un espoir.

ELLE a donné un coup de blanc sur le tableau de ma vie que je voyais en noir. ELLE m’a rappelée que la vie était grise. En fait, cette vie qui nous prend tant de choses, nous en offre beaucoup de belles. Je l’avais oublié… ELLE est venue me le dire.

Merci, Dominique !