
Un jour Gustave Flaubert a dit : « Du courage, je n’en ai guère. Mais je fais comme si j’en avais, ce qui revient peut être au même… »
Je me suis toujours demandée dans quelles circonstances il a dû confesser ce mal. En tout cas, le jour où je l’ai entendu de la bouche d’un psychiatre qui donnait une conférence sur la « psychologie de la peur », ce jour là, j’avais l’impression qu’elle s’adressait à moi parmi toute cette foule. Je voyais Flaubert sortir de l’écran, me regarder et me parler à moi. Non, c’est pas vrai. C’est juste sa phrase qui me parlait…
Il avait raison. « Du courage, je n’en ai guère », loin de là. Je pense être une peureuse née. J’ai peur de tout, surtout de la maladie. J’ai peur de cette chose que je ne comprends pas. Elle se manifeste quand elle veut et s’en va dès que ça lui chante, on ne peut que la subir. « Du courage, je n’en ai guère », c’est pour cette raison que je fuie, que je me réfugie dans l’écriture. C’est pire que du manque de courage, je dirai même que c’est de la lâcheté !
« Du courage je n’en ai guère. Mais je fais comme si j’en avais » Je ne me contente pas d’être lâche mais même cette lâcheté, je ne l’assume pas auprès des autres. Je suis tellement peureuse que je ne l’avoue pas, j’ai peur d’être mise face à cette terreur. Alors, en marchant dans les sentiers de cet univers, je fais semblant.
« Du courage je n’en ai guère. Mais je fais comme si j’en avais… » Le pire est que tout le monde croit en cette duperie. Ca ne m’étonne pas, même moi je me suis mentie et j’ai cru en mon mensonge, dur comme fer !
« Du courage, je n’en ai guère. Mais je fais comme si j’en avais, ce qui revient peut être au même… » La chute de cette phrase. « Ce qui revient peut être au même ». Le génie (ou peut être bien l’inattention) de Flaubert a fait qu’il n’a pas vraiment fini sa phrase pour laisser libre court à l’interprétation des Hommes. Ce qui revient au même de quoi ? Du fait de ne pas avoir du courage ? Ce qui revient, justement, à avoir du courage ?
Moi, je l’ai comprise comme je le voulais : Ceci revient au point de départ, au fait de ne pas avoir du courage. C’est comme si on n’avait rien fait. C’est comme ça que je le vois.
Je suis une lâche qui fait semblant.
Mais une chose : un terme dans la deuxième phrase peut attirer l’attention « ce qui revient PEUT ETRE au même ». Ce « peut être », qui mène à penser tous les possibles existant, en change jusqu’à l’essence…
Alors, je me dis que, peut être…

